A propos
 

 


 

   

"L'alphabet arménien :
une expérience spirituelle"

 
 

« …la nouvelle légitimité religieuse se confond avec une redéfinition et une réunification de la collectivité. Celles-ci ne sont acquises qu’une fois créée la possibilité de ne dépendre que de soi-même, d’être transparent à soi-même dans l’usage religieux de la langue. »

Marc Nichanian, in « Ages et usages de la langue arménienne » page 79
(éd. Entente 1989), au sujet de la mission de Mashtots.


« Sweet revelation
 sweet surrendering… »
A Perfect Circle Thinking of you

 

Considérations générales

Il existe peut-être, et de mon point de vue il existe, une construction immanente à l’alphabet arménien, une architecture démontrable et qui assemble les lettres sur un plan symbolique.

Etant donné que d’une part, les cryptages appartenaient aux exercices des intellectuels contemporains de Mashtots, et que d’autre part, son roi, Vramchapouh, lui avait confié mission de produire un corpus littéral qui unifie les parlers arméniens et permette la diffusion des Ecritures enfin traduites dans la langue nationale, il ne paraît pas déraisonnable de sentir dans l’architecture que désigne mon analyse, un objet réellement présent et actif quant à la fonction dont il est l’organe : comment ne pas rêver qu’une forme inconsciemment apprise au cours de l’alphabétisation, depuis 1600 ans, laisse une trace profonde mais invisible en ceux qui utilisent cet alphabet ?

 Il ne faudrait pas plus s’en étonner que s’étonner de retrouver le sens initial des termes que nous employons sous leurs racines. La langue ne s’use pas plus vite que la pierre. En tout cas, jusqu’à présent. Les chocs linguistiques auxquels nous nous adaptons et nous adapterons infligent aux langues des torsions inédites ; mais les sarments radicaux continuent d’orienter les expressions de l’homme au gré des besoins que lui crée son quotidien.

Une diaspora est toujours une victoire pour ceux qui contraignirent un peuple victime de leur méchanceté (pour rester dans des limites diplomatiques) à s’exiler.

Un peuple exilé et dispersé se relâche inévitablement à l’égard de ses traditions, et le débat sur la permanence de cultures locales ou ethniques alors que nous nous « globalisons » suscite les vocations de nombreux artistes et hommes et femmes d’action. Cela d’autant plus délicatement que la sensibilité à la nation relève de critères antinomiques d’un pays l’autre.
Tous les peuples exilés bénéficient du maintien de leur foi, ont intérêt à perpétuer leurs spécialités gastronomiques, et raison de se réunir pour parler du pays, mais comment feraient-ils s’ils n’avaient aucun contact avec la terre d’accueil ? De nouveaux codes surgissent entre des groupes d’hommes d’origines, de conditions, de convictions dont nul n’arrangea jamais le tableau, et la place que prennent dans les habitudes ces codes imprévisibles se mesure au relâchement, éventuellement enrichissant, vis-à-vis des traditions.

La préservation de l’identité incombe tôt ou tard à une élite des représentants d’une diaspora, et dans le phénomène de globalisation, les cultures des terres d’accueil, en particulier l’Europe, suivent un même tendance à l’élite du savoir identitaire. Comme la globalisation ne date pas d’hier, on a donc le triangle : culture d’accueil – culture accueillie – phénomène de globalisation, dont peu de chose semble positivement pouvoir empêcher que la figure ne se déforme en faveur du troisième point, celui qui affecte simultanément les deux autres, sans craindre d’être stratégiquement « contre-attaqué » par eux.

Lorsqu’on a commencé à observer cette déformation favorable au global comme produite par les échanges intercommunautaires et les automatisant, on a le droit de se poser la question de ce qui reste. Il s’agit d’une question dont les prémices ont parfois été récupérées par des idéologies de la fascination, mais cela n’abolit pas le droit de se la poser.
Maintenant, nous ne doutons guère que les plombages ultimes d’une identité communautaire ne se révèlent diversement vulnérables à un nouvel environnement. C’est pourquoi il devient important de déterminer le sens d’une profondeur commune à un groupe d’êtres, de lui proposer une phylogénèse, le territoire intérieur dont il ne peut se départir sans se mettre à flotter parmi d’autres déracinés.

Si chaque ensemble a son secret, les champs qu’abrite le secret se retrouvent logiquement. La langue et la foi prédominent comme instances à préserver prioritairement. Les autres domaines identitaires, l’habillement, la nourriture, sont justement investis dans les rapports interethniques, en quête d’une automatisation de rapports globaux, tandis que la langue et la foi résistent par leur opacité au regard extérieur. La langue et la foi peuvent se lier constitutionnellement, s’épaulant alternativement comme on l’observe dans le développement de la vie, lorsque des formes biologiques aident à la croissance d’espèces différentes et héritent soudain d’un supplément de manœuvre.
Le modèle arménien est celui d’une fusion de la langue et de la foi. Le problème qui se pose aux régions évangélisées, jusqu’à un passé très proche et même en France, de la langue du culte a été résolu en Arménie avant la plupart de ces régions. Il y a donc une antériorité réelle et organique de l’association de la langue et de la pratique du culte qui vient de soi s’offrir à une recherche sur les profondeurs de l’identité – c’est à dire ce sur quoi les élites travaillent peut-être, mais se manifestant principalement par les caractères inconscients et collectifs.
L’inconscient collectif s’articule autour de foyers programmatiques très simples. Ceux-ci n’en seront que plus résistants et exportables d’une situation linguistique donnée, par exemple l’Arménie au début du V° siècle, à une seconde situation, par exemple notre monde, et la naïveté des images contenues dans l’alphabet de Mashtots n’en fait pas moins origine pour des études scientifiques, sociales, religieuses et spirituelles, secteurs que ne pensaient sûrement pas en ces termes les successeurs immédiats de Saint Grégoire. Et donc, le programme qui nourrit l’alphabet convient à la fois à une réception au premier degré par les habitants des villes et des campagnes, que leur analphabétisme rendait égaux devant l’entreprise historique de la dynastie arsacide, et à des développements intellectuels pour les grands hommes de ce temps et pour une enquête contemporaine.

Ces images sont les suivantes :
- la vie, comme telle, cellulaire
- la vie animée par la parole
- la vie se divisant en ses principes masculin et féminin
- la vie fécondée et la figure de l’œuf
- la famille réalisée par la naissance d’un Sauveur
- l’érection d’une Eglise et le « transfert réciproque » de l’homme et de Dieu
- la perfection d’un peuple ayant traversé ces états
- la « montée » vers le Christ
- la mort, la résurrection et le recommencement.

Le système du savoir, au pays de Mashtots, permettait à de telles images d’imprégner le peuple, et une fois la pâte prise, on suivrait le mouvement, le retour d’Edesse, réputé triomphal, valait plus par son aura politique que pour la performance théogonale de l’inventeur. La grande publicité parant l’invention de l’alphabet le rendait désirable et dans la bonne foi récompensée des nouvelles classes alphabétisées, une formule constitutionnelle voilée allait cimenter ses usagers dans la durée. Ce système du savoir relevait de l’organisation de l’Eglise, diffusant les rubriques de ce savoir selon sa volonté d’évangélisation. Au plus près de l’Eglise, au plus près du savoir. Mais les images contenues dans l’alphabet touchaient aussi des esprits païens avant de les convertir, par la représentation de ce qu’il connaissaient bien : la vie brute, source de divination pour le paganisme, les forces obscures de la vie, ses puissants mystères, convoquant toutes sortes de dieux et d’idoles. L’architecture interne de l’alphabet cueille les hommes en l’état de leur pensée et les incite à progresser dans la voie qu’il trace. Tel est on principe. Nulle obligation pour l’apprenti de s’en douter. De toute façon, qu’en ferait-il ? il n’a pas de temps à consacrer à ces calculs, il y a le labeur du moment et l’apprentissage de l’écriture qui doit pas mal bousculer ses réflexes, de plus, si cryptage il y a, bien peu ont dû en entendre parler, et enfin, comme tout cryptage, son intérêt est de rester ce qu’il est pour les crypteurs.
Cela vous semble extravagant qu’une structure agisse à ce niveau et continue a priori d’agir quelle que soit l’époque envisagée ?
Vous pensez que les complexes constructions des informaticiens n’ont aucune correspondance dans leur caractère, d’influence sur leurs points de vue, ne guident pas leurs choix ? Quelqu’un pourrait mettre la main sur la nature des liens qui connectent de simples programmes froids et exclusivement abstraits à la richesse comportementale des hommes ?
Un autre exemple : l’évolution du système tonal occidental inclut en l’imposant aux musiciens la perception d’intervalles de hauteur justes, et aura entériné une différence absolue de concept avec toutes les autres pratiques musicales, où les microïntervalles, quelle que soit leur qualité acoustique, caractérisent toujours l’intonation. Inversement, le tempérament égal a engendré de multiples succès formels impossibles à comprendre sans la tonalité et propres à l’Occident. Pourtant aucun musicien ne peut poser ses petits doigts agiles sur le chemin qui relie le rêve du tempérament par Werkmeister au début du XVIII° siècle à la conscience d’un musicien ou d’un compositeur aux prises avec les données de ses habitudes perceptuelles.
 

Les archétypes préfèrent peut-être la discrétion et n’être jamais complètement compris.
 
 
  Mais alors pourquoi dévoilerais-je l’idée analysée dans l’œuvre de Mashtots, si je crois préférable la discrétion, la préservation du secret comme garantie de son efficience ?
 
  Suspendons provisoirement la réponse.

Avertissement :

Les types sociaux, politiques et mystiques présentés dans l’analyse doivent se comprendre comme ceux d’un homme engagé dans une mission d’Etat il y a 1600 ans. Ces types, au sens de Max Weber, je les développe en termes de notre époque, mais après avoir longuement réfléchi à l’argumentaire sous-jacent à l’alphabet. En tant que tels, avant que de puissants cerveaux les rationalisent et n’en publient les systèmes, ils étaient concevables pour cet homme du début du V° siècle, Mashtots, et intégrables à une construction, ensuite cryptée sous une liste de symboles. Si la pratique est celle d’un être d’exception, elle n’en était pas moins déjà très ancienne.
En aucun cas les idées reflétées dans le suivant texte ne sont miennes. Elles entrent dans le cadre d’un exposé, sur un plan « archéo-politique ».

Note sur la Révélation :

Au cours de périodes d’extraordinaire concentration, de formidable travail intérieur, un individu chargé d’une mission pour laquelle il est prêt à mourir, rassemblant tous les fils de son action, perçoit un phénomène, que nous les musiciens appelons « anté-sonore », à un moment donné de son investissement.
Le phénomène comporte tous les attributs synthétisés de la problématique, d’un seul coup, sans que l’esprit puisse compter tant le phénomène est fugace et fragile, mais après qu’il aura compté cent et cent fois les attributs en question au cours du travail intérieur.
Le scintillement phénoménal se dissipant, la tâche devient de mémoriser la forme du phénomène en son absence. On peut dire (je l’ai expérimenté) que ce qui arrive à l’artiste, à l’inventeur, au penseur dans l’exécution de leur vocation, participe du même ordre.

Souhait :

L’équipe d’Armenweb et moi-même dédions ces pages à la réflexion sur l’aspect spirituel de notre vie. Nous sommes des laïcs, pratiquants ou non, comme vous.
Pour cette raison, je demande à tous les arménautes de considérer le forum mis à leur disposition comme relevant d’un topique particulier, pouvant éventuellement déboucher sur différents sujets en relation avec le topique, mais surtout de le préserver comme sanctuaire d’échanges de la plus grande courtoisie.
 

Essai pour une interprétation architecturale et symbolique de l’alphabet de Mashtots


Version pour les enfants :

Les enfants, regardez l’alphabet comme une colonie de vacances, répartie en petits groupes ; à la tête de chaque groupe, un plus grand vous dit quoi faire.
Vous pouvez voir sur le découpage de l’alphabet les groupes d’enfants et les plus grands qui les encadrent. Il y a 9 groupes de (5 7 2 1 3 1 1 5 3) enfants et seulement 8 grands.
Comment ça se fait ?
A chaque groupe, un grand dit ce qu’il a à faire. Une fois que c’est fait, les enfants du premier groupe passent dans le deuxième. Un autre grand donne une nouvelle instruction et ainsi de suite jusqu’à la fin. Après le dernier groupe, il n’y a plus de grand, parce qu’on est censé ne plus en avoir besoin, vu qu’on devient grand soi-même.

Il n’y a pas le même nombre d’enfants dans chaque groupe, mais rassurez vous, cela signifie simplement qu’il faut un certain nombre d’enfants à chaque fois pour réaliser l’instruction qu’on reçoit d’un grand, comme dans les jeux. Mais tout le monde essaie les groupes successivement, et accède au dernier niveau.

Evidemment, ça se mérite, et il faut savoir jouer.

 

 


I - Architecture

 

I – A :
A1 : Caractère numérique

 

Soit les positions de 8 lettres,   - - - - - - - (ZA DZA TZA DJE CHA TCHA DCHE TSO), initialement sélectionnées pour leur assonance, leur ressemblance symbolique ou les deux. L’étincelle de mon travail a jailli du choix de ces 8 lettres selon ma sensibilité de musicien.
Ces positions
(6 8 14 17 19 23 25 27 33) énoncent numériquement ceci :

  • 6 : racine du nombre de lettres dans l’alphabet et premier nombre parfait, somme de ses diviseurs (1+2+3 = 6).

  • 14 : (3+11) il est bon de noter pour la suite que si l’on ajoute 3 au rang de    (ZA), on atteint (TO), tandis qu’on atteint   (TZA) en ajoutant 11. Ces deux lettres ont un rapport privilégié avec (ZA). Par ailleurs, la distance de (ZA) à   (DZA), 8 rangs, doit aussi se remarquer, il sera question de ce 8 à la fin.

  • (17 19 23) : sont des nombres premiers, divisibles seulement par 1 et par eux-mêmes.

  • (25 27 33) : sont respectivement le carré d’un premier (5) ; le cube d’un premier (3) ; le produit de deux premiers (3 11) simplement additionnés dans (DZA).
    Appelons ces 8 lettres : moments de synthèse. Il m’arrive d’y penser comme parole divine, interjection divine, validation…

A2 : Phonétique
 

ZA fricative linguale sonore
DZA dentale sourde
TZA fricative occlusive sonore
DJE occlusive dentale sourde
CHA fricative prépalatale sourde chuintante
TCHA fricative occlusive dentale sourde
DCHE fricative occlusive labiodentale sonore
TSO: fricative occlusive dentale sonore
 

A3 : Plan de révélation
 

Les 8 moments de synthèse correspondent à la validation par Dieu de la tranche de Son œuvre mise en présence dans l’alphabet.
Remarque : ces lettres montrent toutes une différence M / m. La notation M / m, que j'utilise souvent, signifie Majuscule / minuscule, cela afin de faciliter la lecture
.
 

I – B :
B1 : Caractère numérique

Soit 9 pavés distribués par les 8 lettres précitées. Les quantités de lettres que contiennent ces pavés sont (5 7 2 1 3 1 1 5 3).

Tous ces nombres sont premiers. 1 ne serait pas admis comme premier selon la règle qu’en plus de la double condition pour être premier, divisibilité seulement par 1 et par soi, il ne faut pas qu’1 et soi soient le même. Mais je réfute cette condition supplémentaire de ce qu’elle n’intervient pas dans la division proprement dite.
 

B2 : Phonétique
 

 
AÏP non labiale ouverte centrale
PEN occlusive bilabiale sonore
KIM occlusive vélaire sonore
TA occlusive dentale sonore
YETCH non labiale chuintante
     
E non labiale
E non labiale centrale demi-ouverte
TO occlusive dentale aspirée
JE fricative sonore prépalatale
INI palatale non arrondie
LIOUN linguale latérale simple
KHE fricative gutturale sourde
     
GUEN occlusive vélaire sourde
HO vélaire sourde
     
GHAD fricative vélaire sonore
     
MEN bilabiale sonore nasale
HI palatale sonore
NOU occlusive sonore nasale
     
VO labiodentale sonore ( o : labiale centrale )
     
BE occlusive bilabiale sourde
     
RA uvulaire multivibrante sonore
CE fricative dentale sourde
VEV fricative labiodentale sourde
DIOUN occlusive dentale sourde
RE monovibrante sonnante
     
HIOUN labiale sonnante
PIOUR occlusive bilabiale sourde
KE occlusive vélaire sourde
 

B3 : Plan de révélation
 

Les 9 pavés correspondent à des états de la matière, de la vie, telles que Dieu les transmue de sa Parole, chacun des états recevant un moment de synthèse ou de validation. Le dernier pavé ouvre sur le silence, le silence valide le dernier groupe de « lettres matérielles », il faudrait dire « matériales » si cela ne sonnait pas si parisien.
 

SCOLIE :
 

Les chances de tomber sur une autre fonction qui répartisse 36 points en une série de 8 et une série de 28 afin que d’une part : les pavés de la deuxième série soient constitués de nombres premiers ; d’autre part : que tous les nombres premiers plus petits que 8 (1 2 3 5 7) figurent dans la répartition ; et enfin que la distance entre les rangs d’implémentation de la première série joue également avec des nombres premiers, les chances de tomber sur une fonction analogue à celle que je propose tendent vers moins l’infini.


II – INTERPRETATION DE L’ARCHITECTURE

 
Pavé 1 (aïp (pen kim ta) yètch)

particularités :

- structure enveloppe-noyau. Deux voyelles encadrent trois consonnes.
- aïp seul se distingue en M / m.
- yètch, semi-voyelle et semi-consonne, s’associe aux consonnes par similitude M / m et sa double identité constitue une ouverture vers ZA.

fonction :

Symbole biotique ; une cellule est en effet constituée d’une enveloppe, molle, et d’un noyau, dur. La reproduction d’une cellule vivante ne requiert pas d’autre qu’elle-même, on l’appelle parthénogénétique, étymologiquement : le vierge engendrant.
Indépendamment du développement des sciences naturelles à l’époque de Mashtots, la forme cellulaire apparaît dans l’art des civilisations orales et écrites, et du traitement d’archétypes comme celui-ci, les civilisations révèlent leur dynamique de pensée, leur puissance de représentation ; il n’y a en soi rien de surprenant à démasquer un symbole référent au modèle cellulaire dans le contexte d’un cryptage.


Moment de synthèse 1 : Za
La Parole divine valide la vie à l’état originel, montré comme base à partir de laquelle tout découle, même l’idolâtrie païenne à laquelle Mashtots tente d’arracher ses ouailles. La Parole résonne en la validant dans la matière biologique inconsciente, y insuffle la conscience.
 

Pavé 2 (é e ( tô ( ini lioun) khé))

particularités :
- double désinence de yètch, puis deuxième structure enveloppe-noyau, l’enveloppe par consonnes dures, le noyau par consonnes douces encadrant une voyelle unique.
- les 7 lettres sont identiques en M / m.
- au moment où tô reproduit la validation par ZA, nous arrivons au premier quart de la liste.
fonction :
Deuxième symbole biotique, précédé de l’écho de yètch que tranche ZA, é et e se montrant sans équivoque l’écho de yètch, tant phonétiquement que symboliquement .
Dans l’amortissement de l’écho, tô reprend l’injonction du premier moment de synthèse, à 3 rangs de lui. Il est de plus la translittération de TH, racine de théos, théâtre, théorie… La voix de Dieu, résonnant à travers la matière, est reprise en son sein par la délégation envers tô, lequel, reproduisant le geste de filiation, laisse à son tour descendre jé, tô dessine un tronc et son fruit tombé en  jé, et ini amortit encore le geste, analogiquement à ce que nous avons vu en yètch, amorti en écho par é et e.
A partir de ini, un mouvement symétrique ramène au second bord de l’enveloppe, d’abord lioun, doux et simple ; puis khé, dur et sourd.
La différence fondamentale entre les deux premiers symboles biotiques est que l’on a d’abord une monade, ouverte seulement par la Parole, et ensuite un symbole marqué par l’extériorité grâce à l’action de la Parole. Le deuxième symbole biotique correspond à la faculté de discernement, en particulier, puisqu’il s’agit de la vie, du discernement des espèces, ou des cultures : en ce V° siècle, l’Arménie tâche de se débarrasser de l’influence syriaque et les arméniens doivent apprendre à se reconnaître des cultures environnantes.
Une telle faculté repose sur les prémices d’une conscience de soi. Cela est tout à fait manifeste : le pavé 2 s’ouvre sur la lettre é, signifiant justement « est », c’est ». La réponse de la matière à Dieu est l’affirmation de soi, don divin dénotant le passage à la conscience ; les « hasards » de la langue attribuent à d’autres langues, l’italien par exemple, exactement le même sens à é qu’en arménien.

Moment de synthèse 2 : Dza

Son action réduit la matière vivante à ses principes masculin et féminin. En effet, il s’agit au début de parthénogénèse, puis de vie différenciée.  DZA sexue la matière, jusqu’alors confinée à elle-même.

 

Pavé 3 ( guèn ho)

particularités :

- binôme composé d’une consonne dure et d’une douce.
- ces deux lettres s’opposent en ce que guèn ne diffère pas en M / m et au contraire, ho si.
- ce sont deux vélaires sourdes.
- elles s’unissent sur un plan et s’écartent sur l’autre.

fonction :

Réduction aux principes masculin et féminin : guèn est la première lettre de guin ;  ho, la première lettre de hay, recevable comme principe mâle. A cela s’ajoute l’introduction aux plans de connaissance, dont se rend capable une vie distinguant extérieur et intérieur : l’extraction de principes induit la science, la réduction aux principes implique la lucidité face à l’objet de la science.

Moment de synthèse 3 : Tza

Enjoint à la matière de se rassembler sous une seule réalité, la concentre en un seul symbole.

 

Pavé 4  ghad

particularités :
- singleton convoluant les lettres du pavé 3.
- similitude M / m
-
ghad était au début de la langue, phonétiquement, un L, différent de lioun. Il reste des traces de cela dans les noms propres et un peu de vocabulaire.
- nous sommes à la moitié de l’alphabet.

fonction :

les principes masculin et féminin s’unissent et convoluent sous la forme de l’œuf. « Œuf » incidemment se dit TZOU en vieil arménien, comme si le 3° moment de synthèse ordonnait son geste positivement.
La matière passe du stade purement vivant, au stade de l’ouverture sur le monde, à sa réduction essentielle, à la capacité de se transformer, de soi, en une nouvelle espèce, de la fécondation de ses principes.

Moment de synthèse 4 : Djé

Inaugure la deuxième moitié de la liste, avec un mouvement graphique rappelant une jeune femme qui danse, une jeune mariée tournant sur elle-même les bras ployés au dessus de la tête. Et Djé fait éclore l’œu
f.
 

Pavé 5 ( mèn hi nou)

particularités :

- deux consonnes encadrent une voyelle, en fait la deuxième semi-voyelle semi-consonne.
- la structure enveloppe-noyau commence à se reconstituer.
- les consonnes sont identiques en M / m, pas la voyelle.
- hi apparaît en 21° position (3 X 7).
- dans les alphabets latin, grec et hébreu, M et N se suivent. Tous ces alphabets existaient du temps de Mashtots. Seul le sien intercale une lettre, celle du nom de Jésus, entre elles. Même le cyrillique, inventé un peu plus d'un siècle après l'arménien, adopte l'enchaînement de M et de N.

fonction :

L’œuf éclot, dont le fruit est protégé par les deux principes incarnés par mèn et nou, la famille survient. Mèn est la première lettre du mot « mart », homme, et nou signifie : bru, en vieil arménien. Et
(hi) est la première lettre du mot (Jésus). Il y a vraiment l’image du couple et de l’enfant avec l’idée de l’alliance, la femme n’étant pas n’importe quelle femme, mais la belle-fille, instituant l’alliance en se rendant chez son époux.
 

INTERMEDE ECCLESIASTIQUE : (( Cha vo) (Tcha bé) Dché)

Il se produit un saut qualitatif. Jusqu’à présent pavés et moments de synthèse alternaient, s’imbriquant par antiphonie,
ktsord : verset répété sempiternellement au cours de la liturgie. Ici, on a alternance par unité de genre, et par couple ( Cha vo) et ( Tcha bé), respectivement doux et dur phonétiquement.
Dché, resté seul, valide la formule et se tourne vers le pavé suivant, comme pour lui commander d’être collectivement son interlocuteur.
On a donc ce que j’appelle pavés 6 et 7, et moments de synthèse 5, 6 et 7. Cela s’éclaire de l’idée de rapprochement entre l’homme et Dieu. Ce rapprochement s’incarne dans l’Eglise.

La théorie d’un artefact inclus dans l’alphabet arménien, et propice à un dessein politique, religieux et spirituel, suppose évidemment que l’égide sous laquelle on entend construire l’Etat, cette égide étant en l’occurrence l’Eglise, soit représentée. Je la vois dans l’association de pavés monômes et de moments de synthèse.
Pour mieux comprendre ce que j’entends par artefact, je donnerai l’exemple des Tables de la Loi rapportées par Moïse. Or dans ce cas, les Tables se brisent, leurs fragments s’éparpillent, la Parole se perd pour les hommes.
L’expérience de Mashtots n’est pas si éloignée de celle de Moïse, on a peut-être du mal à rapprocher les deux héros, mais cela tient à ce que l’un reçut plus de publicité que le second. Leurs rendez-vous sacrés avaient des coordonnées jumelles. Et avec Mashtots, la Parole n’éclate pas, elle se condense au contraire dans l’alphabet.

Les structures familiale et sociale entrent dans la spiritualité. Ce groupe de 5 lettres montre l’Eglise, au sein de laquelle l’homme et Dieu se disent tout ce qu’ils ont à se dire, sauf le silence, qui ne peut se dire.
En offrant le double symbole de son rapport au Créateur, ( Cha vo) et ( Tcha   bé), l’espèce humaine reçoit non le silence mais la promesse du silence, dont le corollaire est qu’on soit digne de foi…
La dignité comme telle s’exprime dans l’accès aux plans de connaissance induits par la rencontre homme – Dieu et préparés dans les pavés précédents, plans marqués par la conjonction des logiques présidant à la constitution de l’alphabet – de toute façon, l’alphabet est construit, les positions de ses lettres ne relèvent pas simplement du hasard.
Ce sont ces plans dont s’entretiennent Dieu et sa créature, les plans de connaissance nés de l’érection de l’Eglise et nourris de l’expérience des étapes antérieures, paganisme compris. Mais ces plans sont conjoints et l’assemblage des sens que nous y accordons conduit à cette conjonction.
Et donc, l’Eglise ajoute à l’être la promesse de son silence. Serait-ce celui de la résurrection ? La résurrection, pour que nous puissions évoquer un tel événement, est le fruit d’une révélation, tout comme l’alphabet de Mashtots, quels que soient les degrés par lesquels comparer ces révélations, c’est à dire convenant à la vision et à l’application de procédures en harmonie avec leurs buts : la vision de l’inspiration, de l’Inspiration, comme prélude au silence.
En introduisant cette articulation, je crois légitime d’affirmer que l’alphabet arménien possède le privilège de l’unique alphabet au monde incluant le silence - insensible parmi les lettres.
Si ( Cha vo) et ( Tcha bé) forment couple, en délimitant ce groupe de 5 lettres, Dché laisse l’entretien en suspend et se tourne vers un nouveau genre d’interlocuteur. En tant que Dché occupe un rang égal au cube de la Trinité (27), quoi de plus beau que de lui faire succéder par la loi naturelle des nombres dont tout être humain en naissant reçoit l’intuition, un nombre parfait ?

 

Pavé 8 (Ra ( vèv dioun) Ré)

particularités :
- structure enveloppe-noyau.
- cinq consonnes
- Ra et Ré encadrent vèv dioun.
- les voyelles qui enveloppaient le noyau du pavé 1 font place à deux consonnes vibrantes.

fonction :
Troisième symbole biotique complet, ce groupe commence sur le deuxième nombre parfait connu (1+2+4+7+14 = 28), alors qu’il vient dans l’analyse figurer le peuple arménien réuni sous l’égide ecclésiastique, le peuple qui découle du mouvement de la « vie pure » à l’Eglise, un peuple théoriquement parfait ;
S’il s’agit bien de l’image d’un peuple intégrant la spiritualité, il est intéressant de noter que le pavé 8 dessine à nouveau, phonétiquement, l’alternance signalée dans la partie précédente : successivement , sonore-sourde-sonore-sourde-sonore. Les sonores se placent sur les moments de synthèse, les sourdes sur les lettres matérielles.
Prise ainsi, cette image d’un peuple dur, soudé par l’Eglise, construit simultanément sur les modèles biotique et spirituel, devient celle d’un rempart enveloppant la communauté, comme nous n’avions qu’une fragile enveloppe et un cœur vulnérable au commencement.
Un peuple saisi par son destin et digne que des siens monte un être tel que le Christ (je ne dis pas que Mashtots et Sahak envisageaient qu’un Christ sorte du peuple arménien ; je songe à une « orientation » vers le Christ).

Moment de synthèse 8 : Tsô

Le dernier moment de synthèse possède l’intensité requise pour valider l’apparition de ce peuple. Il possède une autorité égale à celle de ZA mais au lieu d’insuffler la Parole en la matière, il en aboutit l’évolution à l’échelle d’une nation entière. Tsô commande aussi au détachement de la matérialité : ayant accompli son périple, l’homme accède à la voie du Christ, l’échange avec Dieu fondant l’unicité de leur nature ; se séparant d’elle-même, elle emmène l’esprit avec elle.
 

Pavé 9 ( hioun piour ké)

Avant Za, yètch s’ouvre à la Parole comme semi-voyelle semi-consonne. A la suite de Tsô, hioun, troisième semi-voyelle semi-consonne, referme le livre.
Ainsi, ces trois lettres – yètch,
hi et hioun – s’expliquent rationnellement : chacune se place à un endroit clé, lui-même fondu dans l’architecture générale, la première recevant la Parole, la deuxième l’incarnant, la troisième se détachant du monde des deux précédentes.
Il faut donc quitter le monde. Seuls demeurent piour, la lettre du
philein, l’amour, et ké, la lettre du Christ. Ké s’élance et entraîne l’amour avec lui, afin d’entrer dans le silence divin, absolu.
Si piour est la translittération du PH, l’indice qu’il soit celui du philein s’avère dans sa position : 5 X 7, un produit de nombres premiers, liés au 3 X 7 de
hi.
 
ET ENSUITE…

De part et d’autre de l’alphabet, Asdvats (Dieu) et Kristos jettent un pont par dessus le Silence, en contemplent l’étendue, l’assurent comme passage pour l’âme.
Voici le moment de revenir à ce fameux 8 qui distancie ZA de DZA. Il y a le pavé 9 et ses trois lettres ; puis le silence ; puis les cinq lettres du pavé 1. Après Za, un nouveau silence, résonnant celui-là, et huit pas pour arriver à DZA. On obtient une symétrie autour de la première interjection divine…
Ainsi, la liste se transforme en cycle, et la résonance succédant à ZA n’est plus le silence de la matière mais celui de l’être réincarné, de l’homme, jamais tout à fait pur, toujours teinté de bruit…